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Journal de l'Université - Histoire de l'Olivier en Sud-Ardèche
 
 
Témoignage d'Henri Vendran,
conseiller à la chambre d'agriculture



        vendranOK.JPG        “L’olivier chez nous, c’est une habitude”, constate Henri Vendran, conseiller agricole de la Chambre d’Agriculture. L’olivier, comme le châtaignier, la vigne ou le mûrier, a nourri des générations d’Ardéchois. “Enraciné dans notre patrimoine, nos traditions... on a tissé avec lui une relation affective”. Cet arbre du sud fait partie de la famille ardéchoise. Et depuis fort longtemps.
        “En 763 déjà, des oliviers sont mentionnés sur notre terre, vraisemblablement importés lors des invasions arabes, cinquante ans plus tôt. Mais l’organisation de l’oléiculture au plan pratique et agricole en Basse-Ardèche remonte au 15ème siècle. Les oliviers qui étaient des arbres épars jusqu’alors, sont devenus des arbres de plein champ, des arbres cultivés. On a commencé à les planter en ligne”. L’expansion des moulins date de la même époque. Et au cours des siècles, l’olivier a façonné le paysage local avec ses plantations en coteaux et ses murs en pierres sèches.
“Début 1900, c’est le summum de la production en France. En sud-Ardèche, on dénombre plus de 500 000 arbres”. Un essor qui ne change rien aux habitudes. “L’olivier n’était pas considéré comme une ressource, contrairement à la vigne ou à l’élevage. C’est la seule culture qui ne se monneyait pas. Sauf exception, en cas de surplus. Alors on pouvait la vendre ou, plus souvent, l’échanger contre d’autres produits”. L’huile servait à la consommation de la famille et à conserver certains aliments. “On ne faisait pas de l’argent avec “notre bonne huile”, comme l’appelaient nos grands-parents”. L’huile ne se vendait pas et les arbres se transmettaient de génération en génération. “Les oliveraies étaient découpées en parcelles pour que chaque enfant de la famille en possède un bout. Un héritage vivrier”.
         Mais l’hiver 56 a gelé l’héritage, détruisant la majeure partie des abres. Des anciens se souviennent avoir entendu les troncs d’oliviers éclater durant les nuits glaciales... Après, il a fallu les arracher. Beaucoup ne seront pas remplacés et la plupart des moulins plieront boutique. En 1990, il ne restait pas 100 hectares d’oliviers exploités, la production moyenne d’huile d’olive s’élevant à environ 30 tonnes.
         Depuis 1995, l’oléiculture connaît un renouveau avec une moyenne de 5000 arbres plantés chaque année et la restauration d’oliveraies anciennes. “Ce produit du terroir, et particulièrement les variétés d’autrefois, suscitent un intérêt toujours accru. En 2010, la production d’huile du département avoisinait les 100 tonnes. Une croissance difficile à gérer face à la concurrence des pays européens limitrophes. “Aujourd'hui, les producteurs qui veulent faire de l’olivier leur source de revenus doivent y réfléchir à deux fois. On assiste à une exploitation plus intensive de cet arbre dans d’autres pays du bassin méditerranéen qui en font un produit d’exportation”. L’Espagne, l’Italie, par exemple emploient une main d’œuvre bon marché qui leur permet de vendre leur huile d’exportation à un prix très inférieur à celui des producteurs locaux. Résultat, le cours de l’huile chute. “Et ceux qui avaient l’intention de se lancer dans l’exploitation font maintenant marche arrière à cause de la baisse des cours.”

"C'est la qualité qu'il faut privilégier"

         Dans un contexte désormais européen, comment protéger l’olivier d’Ardèche ? “En restant modeste, à taille humaine, on peut le cultiver. Exploiter 5 ou 600 arbres en privilégiant les variétés locales qui ont fait leur preuve sur nos terres. Faire goûter au client des huiles typiques et de bonne qualité. On peut alors les vendre entre 10 et 14 € le litre. Ceux qui ont repris des oliveraies dans ces conditions-là peuvent rentabiliser leur travail. Et sans être nécessairement agriculteurs, ils obtiennent des résultats bien meilleurs qu’avant. En comparant la production d’avant 1956 et celle d’aujourd’hui des mêmes anciennes variétés, on s’est aperçu qu’en une vingtaine d’années, on était parvenu à doubler le calibre de l’olive !”. Un peu de fumure, un entretien régulier des arbres, ont suffi à améliorer très sensiblement la production. “Avant, cet arbre était un peu négligé. Il poussait tout seul, les paysans se consacrant davantage aux autres cultures qui, elles, étaient source de revenus. Ils ne s’en occupaient guère mais il savaient où les planter : toujours en coteaux ou sur de mauvais terrains”.  L’olivier ardéchois n’a pas vocation à s’enraciner sur une bonne terre. C’est l’arbre des sols pauvres, des terres défavorisées. C’est là qu’il donne son meilleur jus... “Dès qu’il y avait un mauvais sol, les anciens plantaient des oliviers. Il ne fallait pas perdre 1m2 de terrain ! C’est pour ça qu’on trouve souvent un ou deux oliviers plantés au milieu de blocs de rochers”. Grâce à ses racines, l’olivier s’accommode de sols stériles pour les autres cultures. Et, sous peine de déconvenue, il faut respecter la tradition. “Avant, il y avait une logique d’observation des terrains qu’on ne connaît plus. Les anciens disaient qu’on ne devait planter que là où c’était déjà planté”.
         “Et pour contrer la concurrence, nous misons sur la qualité et la spécificité de notre huile. Sur les 34 variétés recensées en Sud-Ardèche (1), trois d’entre elles seulement viennent de l’extérieur. Les autres sont uniquement du terroir. C’est une grande richesse dont il faut profiter. Promouvoir ces variétés typiques de l’Ardèche, proposer des pressions pures, faire ressortir les différences entre les huiles. Au final, le consommateur s’y retrouve. Nos moulins sont restés à caractère artisanal. Les gens ont confiance dans les productions locales. A nous d’améliorer encore la qualité des huiles ardéchoises. Rester sélectif, utiliser exclusivement des fruits sains, pas gelés, pas piqués, pas chômés (2)". Il est primordial que les olives soient pressées le plus rapidement possible après la cueillette pour obtenir une huile savoureuse. "L’Université le redira d’ailleurs avec insistance : c’est la qualité qu’il faut privilégier”.
        Quelles perspectives après l’Université ? “On ne sait pas. C’est la première fois qu’en sud-Ardèche, il y a un événement d’une pareille ampleur. Le bilan se fera après”.




(1) Henri Vendran animera une conférence sur les variétés d’olives ardéchoises : sur les 34 recensées, il en détaillera principalement 8 ou 10 -  les plus utilisées - et quelques autres présentant des intérêts secondaires.
(2) Les olives sont dites chômées quand on les conserve plus d'une semaine avant de les apporter au moulin. Elle sont alors oxydées et donneront à l’huile un goût de moisissure, de pourriture.




Date de création : 14/03/2011 @ 17:48
Dernière modification : 05/03/2012 @ 18:29
Catégorie : Journal de l'Université
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